{"id":12315,"date":"2016-12-05T08:49:24","date_gmt":"2016-12-05T13:49:24","guid":{"rendered":"http:\/\/nadeaubarlow.com\/fr\/?p=12315"},"modified":"2016-12-05T08:49:24","modified_gmt":"2016-12-05T13:49:24","slug":"gotlib-derniere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/nadeaubarlow.com\/fr\/gotlib-derniere\/","title":{"rendered":"Gotlib: derni\u00e8re"},"content":{"rendered":"<div id=\"attachment_12316\" style=\"width: 2298px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-12316\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-12316\" src=\"https:\/\/nadeaubarlow.com\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/Gotlib-et-moi-copie.jpg\" alt=\"\u00c0 France 2, en d\u00e9cembre 2005, avec Gotlib et Julie Barlow. \/ Photo: Catherine Hermann\" width=\"2288\" height=\"1712\" srcset=\"https:\/\/nadeaubarlow.com\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/Gotlib-et-moi-copie.jpg 2288w, https:\/\/nadeaubarlow.com\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/Gotlib-et-moi-copie-768x575.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 2288px) 100vw, 2288px\" \/><p id=\"caption-attachment-12316\" class=\"wp-caption-text\">\u00c0 France 2, en d\u00e9cembre 2005, avec Gotlib et Julie Barlow. \/ Photo: Catherine Hermann<\/p><\/div>\n<p><em>Le texte ci-dessous avait \u00e9t\u00e9 ma derni\u00e8re chronique chez MSN.ca en 2014, que je reprends ici en guide de t\u00e9moignage au lendemain de la mort du Ma\u00eetre.<br \/>\n<\/em><\/p>\n<h1><strong>LE G\u00c9NIE GOTLIB<\/strong><\/h1>\n<p>Parmi les h\u00e9ros de mon enfance, il est un homme humble qui, telle une \u00e9toile guidant nos pas dans les t\u00e9n\u00e8bres glac\u00e9es, illumina les obscurs recoins de mon esprit pub\u00e8re. Dans le cin\u00e9ma de mes souvenirs d\u2019homme m\u00fbr, il se dresse d\u00e9sormais comme le flambeau qui m\u2019aura lib\u00e9r\u00e9 du carcan d\u2019une existence convenue pour la tourner vers l\u2019Olympe de l\u2019humour.<\/p>\n<p>Ce Ma\u00eetre, c\u2019est Marcel Gotlib.<\/p>\n<p>Aussi, d\u00e8s que la nouvelle s\u2019est r\u00e9pandue qu\u2019un mus\u00e9e parisien s\u2019appr\u00eatait \u00e0 faire une r\u00e9trospective compl\u00e8te l\u2019\u0152uvre du Ma\u00eetre, je me suis pr\u00e9cipit\u00e9 au Louvre!&#8230; Pour d\u00e9couvrir que ce n\u2019\u00e9tait pas le bon mus\u00e9e.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 ce faux d\u00e9part et ayant \u00e9t\u00e9 avis\u00e9 par le portier que l\u2019exposition serait plut\u00f4t au Mus\u00e9e d\u2019art et d\u2019histoire du juda\u00efsme, je me suis alors pr\u00e9cipit\u00e9 au MAHJ!&#8230; Pour tomber sur des portes closes, car l\u2019exposition ne d\u00e9butait que trois jours plus tard.<\/p>\n<p>Ayant finalement pu, malgr\u00e9 l\u2019adversit\u00e9, visiter l\u2019exposition <em>Les mondes de Gotlib<\/em>, je puis t\u00e9moigner, en toute objectivit\u00e9 journalistique et sans pr\u00e9jug\u00e9 d\u2019aucune sorte, que Marcel Gotlib est un des derniers G\u00e9nies vivants.<\/p>\n<h2>THE RUBRIC OF THE BRAQUE<\/h2>\n<p>Gotlib est surtout connu pour la Rubrique-\u00e0-Brac, une s\u00e9rie de cinq albums publi\u00e9s entre 1970 et 1974 et qui furent une petite r\u00e9volution en leur temps. En fait, cela n\u2019a pas pris une ride et il en vend encore 20\u00a0000 par an.<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 des b\u00e9d\u00e9istes de g\u00e9nie comme Herg\u00e9 ou Goscinny, Gotlib n\u2019est pas connu pour ses personnages. Il se d\u00e9marque par son univers cacophonique peupl\u00e9 de personnages h\u00e9t\u00e9roclites allant de Superdupont \u00e0 Isaac Newton en passant par le commissaire Bougret, le professeur Burp, une coccinelle extravagante et autre fous qui repeignent leur plafond.<\/p>\n<p>Roi du running gag et prince de l\u2019autocongratulation, il a cr\u00e9\u00e9 des planches euphoriques citant p\u00eale-m\u00eale le cin\u00e9ma, les Beattles, les contes de Perreault et le journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9. Sans compter les innombrables r\u00e9f\u00e9rences autobiographiques \u2013 car il a \u00e9t\u00e9 \u00e9galement le premier b\u00e9d\u00e9iste \u00e0 se mettre en sc\u00e8ne de fa\u00e7on syst\u00e9matique. Un feu d\u2019artifice.<\/p>\n<h3>LE MA\u00ceTRE ET MOI<\/h3>\n<p>J\u2019ai toujours beaucoup aim\u00e9 Goscinny et Greg, mais Marcel Gotlib est dans une cat\u00e9gorie \u00e0 part, qui ne se compare \u00e0 personne si ce n\u2019est le groupe d\u2019humoristes britanniques Monty Python, dont il est tr\u00e8s proche, m\u00eame s\u2019ils ne se connaissaient pas au moment de leur apog\u00e9e.<\/p>\n<p>Je me rappelle tr\u00e8s bien ma d\u00e9couverte de Gotlib, \u00e0 la Biblioth\u00e8que municipale de Sherbrooke. \u00c0 9 ou 10 ans, j\u2019avais \u00e0 peine l\u2019\u00e2ge de comprendre ce qu\u2019il dessinait, mais ce que j\u2019ai lu a tout de suite pris une r\u00e9sonnance que je ne trouvais dans rien d\u2019autre. C\u2019\u00e9tait de notre temps, totalement actuel et totalement saut\u00e9 en m\u00eame temps. Rien \u00e0 voir avec les autres univers des b\u00e9d\u00e9istes qui faisaient \u00e9voluer leurs personnages dans un cadre pr\u00e9cis, comme la Gaule, le Far West, l\u2019Arabie, ou la France post-nucl\u00e9aire.<\/p>\n<p>Avec Gotlib, il n\u2019y avait pas de cadre. Comme il \u00e9tait lettreur de m\u00e9tier, il s\u2019est aussi distingu\u00e9 en faisant parler ses caract\u00e8res en plus de d\u00e9molir compl\u00e8tement le cadre de la b\u00e9d\u00e9. Son documentaire sur la girafe est, \u00e0 ce titre, un morceau d\u2019anthologie.<\/p>\n<p>J\u2019ai rencontr\u00e9 Gotlib une fois et Julie-ma-Julie n\u2019en est pas revenue. Il faut dire que je ne suis pas groupie pour un sou. \u00c0 franchement parler, je n\u2019admire personne. Il y a de nombreux artistes que j\u2019aime, mais je ne suis pas un fan par temp\u00e9rament.<\/p>\n<p>Je devrais dire\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne croyais pas \u00eatre fan\u00a0\u00bb. Jusqu\u2019\u00e0 ce que je tombe sur Gotlib sur un plateau de t\u00e9l\u00e9 en 2005 (nous \u00e9tions interview\u00e9s en m\u00eame temps). J\u2019\u00e9tais tellement baba que j\u2019avais du mal \u00e0 m\u2019exprimer. J\u2019en bavais presque et j\u2019ai m\u00eame demand\u00e9 qu\u2019on prenne notre photo, que j\u2019ai conserv\u00e9e.<\/p>\n<p>Physiquement, Gotlib est petit et d\u00e9gage assez peu, sauf le regard. En fait, il passerait pour un obscur retrait\u00e9 si ce n\u2019\u00e9tait de ses chemises fantaisistes et de son visage devenu familier \u00e0 force de se dessiner lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Ce qui ressort de sa conversation, c\u2019est qu\u2019il n\u2019est clairement pas impressionn\u00e9 par ce qu\u2019il a fait. \u00ab\u00a0Je n\u2019ai fait que dessiner\u00a0\u00bb, m\u2019a-t-il r\u00e9p\u00e9t\u00e9 plusieurs fois. Il semble plus fier, en fait, de ses exp\u00e9riences cin\u00e9matographiques ou t\u00e9l\u00e9visuelles (pas tr\u00e8s r\u00e9ussies) ou de sa p\u00e9riode pipi-caca-p\u00e9nis-vagin (tr\u00e8s \u00e9quivoque). Ce qui montre d\u2019ailleurs qu\u2019en v\u00e9ritable artiste, il a constamment cherch\u00e9 \u00e0 pousser les limites, jusqu\u2019\u00e0 dire un merde tr\u00e8s franc au bon go\u00fbt et sans se renier. En homme d\u2019affaires avis\u00e9, il est conscient de l\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019il suscite, mais sans trop le comprendre. Mais sans en \u00eatre agac\u00e9 non plus. Ce qui le rend plut\u00f4t sympathique.<\/p>\n<h2><strong>GOTLIB AU MUS\u00c9E<\/strong><\/h2>\n<p>L\u2019exposition qui lui est consacr\u00e9e est tr\u00e8s bien faite. Si vous visitez Paris d\u2019ici au 27 juillet, c\u2019est \u00e0 ne pas manquer, car tout est l\u00e0. Depuis la naissance de Marcel Mordekha\u00ef Gotlieb jusqu\u2019\u00e0 son dernier \u00e9ditorial de <em>Fluide Glacial<\/em>, en passant par son enfance marqu\u00e9e par les pers\u00e9cutions anti-juives et son apprentissage du m\u00e9tier.<\/p>\n<p>On en apprend beaucoup sur sa rencontre avec un autre g\u00e9nie, le sc\u00e9nariste Ren\u00e9 Goscinny, alors r\u00e9dacteur en chef de la revue <em>Pilote<\/em> et dont le personnage, Ast\u00e9rix, \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 un succ\u00e8s mondial en 1965. Bien install\u00e9 au firmament, Goscinny embauche le jeune dessinateur pour illustrer une nouvelle s\u00e9rie documentaire de son cru, les <em>Dingodossiers<\/em>.<\/p>\n<p>Ces deux hommes eurent un rapport tr\u00e8s particulier, car Goscinny \u00e9tait tr\u00e8s clairement une figure paternelle. En fait, la propension de Gotlib \u00e0 s\u2019autoglorifier parodie sa propre admiration pour Goscinny.<\/p>\n<p>L\u2019exposition est tr\u00e8s bien faite. Tout y passe, y compris les lettres difficiles que s\u2019\u00e9chang\u00e8rent les deux hommes au moment de leur s\u00e9paration, alors que Gotlib \u00e9tait empli de sentiments contradictoires qu\u2019il aurait sans doute mieux fait de dessiner et mettre en bande que d\u2019expliquer.<\/p>\n<p>J\u2019y suis all\u00e9 sans les enfants, car je redoutais que l\u2019exposition s\u2019appesantisse trop sur les ann\u00e9es subs\u00e9quentes. Car lorsqu\u2019il a fond\u00e9 <em>L\u2019\u00c9cho des savanes<\/em> puis <em>Fluide Glacial<\/em>, Gotlib est all\u00e9 tr\u00e8s tr\u00e8s loin dans le registre pipi-caca-p\u00e9nis-vagin. Mais finalement, contrairement \u00e0 ce que je redoutais, cette partie est assez finement men\u00e9e. Il y en a, remarquez, mais Gotlib sans cul c\u2019est comme l\u2019andouille sans son petit go\u00fbt de caca. (M\u00e9taphore ing\u00e9nieuse que je d\u00e9die au Ma\u00eetre.)<\/p>\n<p>Gotlib aura 80 ans et il sort assez peu de sa maison du V\u00e9sinet, en banlieue parisienne. Emphys\u00e9mateux, il est branch\u00e9 en permanence \u00e0 une machine \u00e0 oxyg\u00e8ne. Il serait plus que temps que le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique c\u00e9l\u00e8bre le g\u00e9nie gotlibien par un d\u00e9fil\u00e9. Car il se trouve que le prochain Quatorze Juillet sera le jour de son 80<sup>e<\/sup> anniversaire. Ce qui serait la derni\u00e8re occasion pour Gotlib de lui dire merde.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Et c\u2019est sur cette note \u00ab\u00a0glac\u00e9e et sophistiqu\u00e9e\u00a0\u00bb que je baisse le rideau sur cette chronique, qui prend fin au 225<sup>e<\/sup> num\u00e9ro. Comme le chantait si bien Serge Laprade, qui n\u2019\u00e9tait pas le Gotlib de la chanson, \u00ab\u00a0<\/em>C\u2019est le temps des vacances!\u00a0<em>\u00bb<\/em><\/p>\n<p>(26 juin 2014)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le texte ci-dessous avait \u00e9t\u00e9 ma derni\u00e8re chronique chez MSN.ca en 2014, que je reprends ici en guide de t\u00e9moignage au lendemain de la mort &#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":11,"featured_media":12316,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[28,43,41,72],"tags":[340,339],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/nadeaubarlow.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12315"}],"collection":[{"href":"https:\/\/nadeaubarlow.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/nadeaubarlow.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/nadeaubarlow.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/nadeaubarlow.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12315"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/nadeaubarlow.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12315\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12320,"href":"https:\/\/nadeaubarlow.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12315\/revisions\/12320"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/nadeaubarlow.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/12316"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/nadeaubarlow.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12315"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/nadeaubarlow.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12315"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/nadeaubarlow.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12315"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}