
Pour les Américains du Nord, ça ne fait pas un pli, les Français sont «impolis et arrogants». Ce n’est qu’au bout d’un an de vie à Paris qu’un couple de journalistes canadiens a compris la raison d’un tel jugement. Tout simplement une histoire de codes et d’espace. «En France, le magasin fait partie de la sphère privée du commerçant, alors qu’en Amérique c’est une extension de l’espace public, explique Julie Barlow. Du coup, en France, c’est à la personne qui entre de dire « bonjour ».» Et tout s’enchaîne, ce bonjour-là devient la clé d’un bon accueil. «Des comportements peuvent être jugés grossiers en raison de deux approches divergentes de l’intimité», souligne-t-elle dans Sixty Million Frenchmen Can’t be Wrong, («60 millions de Français ne peuvent pas avoir tort») écrit avec Jean-Benoît Nadeau (1). Invité par le Centre d’accueil pour la presse étrangère, le couple présentait, hier, l’édition britannique de ce livre, d’abord paru en mai 2003 aux Etats-Unis. Fruit de deux ans d’immersion, il raconte le paradoxe français. «Comment les Français peuvent-ils être si archaïques et si modernes, si autoritaires et si créatifs ?», s’interroge Jean-Benoît Nadeau. Le duo a adopté une méthode d’ethnologues, questionnant ses propres préjugés puis déroulant des spécificités hexagonales : le culte de l’éloquence, la chorégraphie des manifestations, le goût du terroir, le poids des grandes écoles ou le rôle de l’Etat tout-puissant. «L’Etat, c’est le totem des Français, décrypte Jean-Benoît Nadeau. Il faut se rappeler qu’il y a 500 ans, la France c’était les Balkans, avec une multitude de dialectes et de particularismes locaux qu’il a fallu casser. Finalement, la France, c’est une colonie de Paris.» Autre source d’étonnement : «La tendance à la délinquance des Français.» Pour preuve, l’attente des amnisties présidentielles ou «la loi sur la circulation qu’on ne fait pas respecter». Rentré à Montréal, le couple va vite regretter «les disputes en public», autre caractéristique française. Mais pendant trois mois, il devrait y regoûter puisqu’il prépare ici un nouveau livre sur «l’aventure de la langue française».



























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